Arrivés depuis une semaine à Skoura, nous avons eu l’opportunité de tester l’accueil marocain. Mais attention, le vrai accueil ; pas celui du touriste américain fortuné promenant sa bedaine et le décolleté indécent de sa femme de Riad en Riad. Ni celui du cyclo-sportif qui après une longue journée de pédalage, encore plein de sueur ou au mieux s’étant baigné dans la rivière, cherche un endroit discret pour ne même pas planter sa tente, et s’écrouler sur le sol jusqu’au lendemain, au plus grand étonnement des quelques enfants bergers du coin. Non, rien de cela ; cette fois, nous avons testé l’accueil du voyageur. Solidaire, qui plus est ; mais si cela aide à pousser la première porte, tout l’enchainement qui s’ensuit ne le requiert pas forcément…
Nous avons testé cet accueil, donc, et nous sommes maintenant en mesure de lui attribuer une note : 85/100 ! Une mention TB donc. 85% comme la proportion des repas pour lesquels nous avons été invités depuis notre arrivée ici. 11 invitations gratuites, pour 2 repas au restaurant ; et même là, nous payons mais ne mangeons pas seuls.

Trois de nos nombreux bienfaiteurs
Tout a commencé lorsque nous sommes arrivés et nous sommes dirigés vers Chez Talout, un peu au hasard, car il est le relais local principal de l’association Azekka. Il nous a invités 2 jours en pension complète dans son auberge, qui est plutôt assez haut standard pour le pays (200dH - soit 20€ - par personne et par nuit normalement). Ensuite l’association partenaire locale d’Azekka nous a prêté un local (qui est en fait un appartement) pour le reste de notre séjour ici. Tous les partenaires locaux ont tenu à nous inviter tour à tour : les 2 présidents d’association (plusieurs fois), un prof de français du collège, un autre prof du collège, d’autres membres de l’association, d’autres gens que nous rencontrons au hasard…
A chaque fois le menu est de fête : cela commence par un traditionnel thé, préparé avec le plus grand soin (cf billet de Louis), et souvent accompagné de pâtisseries. Ensuite, un plat géant de crudités bien ordonnancées (par exemple : pomme de terre froide + betterave + carotte râpées + riz + olives) dans lequel tout le monde se sert en même temps. Puis un Tajine non moins immense (Grand plat de terre cuite couvert d’un couvercle pointu qui le fait ressembler à une pyramide et dans lequel les aliments sont cuits à la vapeur) contenant moult légumes aux saveurs embaumantes (et pourtant c’est des légumes) recouvrant de la viande bouillie, et le tout parfaitement assaisonné de cumin et multiples autres épices que nul que saurait reconnaitre.

Le traditionnel plat Tajine
Pas de couverts pour ce plat, seulement de grandes galettes de pain à peine plus levées qu’une pizza McCain que l’on découpe à la main et dont chacun se sert pour piocher des bouchées dans le plat principal. Inutile de préciser que pour finir un tel plat, le non-initié doit donc s’enfiler une ou deux consistantes galettes, au bas mot. Surtout que l’hôte, qui préconise pourtant les vertus de manger lentement, se fait un devoir de ne laisser aucun de nous sans nourriture dans la main (ou sans pain) pendant plus d’une demi seconde à coup de grands “Bismilah, bismilah…” (littéralement “Au nom de dieu”, utilisé pour dire “Je vous en prie, faites moi honneur, resservez-vous, mangez !”), même si nous avons la bouche encore plus que pleine. Après s’etre lavé les mains (car globalement, on a quand meme mangé avec les mains…), le repas finit par un plateau intégralement rempli de pastèque et de melon d’eau, pour faire passer le tout. Là aussi la quantité ne fait pas obstacle à la qualité. Même Maxime atteindrait ses limites en moins d’une semaine, je pense.

On se lave les mains avant et après manger…
Aujourd’hui même nous devront faire un choix parmi 4 invitations. Une pour le déjeuner, une pour le diner, une pour le thé vers 5h, et une autre encore que nous devrons surement décliner. Avec notre départ annoncé demain à l’aube, les sollicitations se font de plus en plus dense et nul doute que toutes ne pourront être honorées.
C’en est tellement, et les repas sont si copieux à chaque fois, que ça en devient éprouvant pour le corps et l’esprit. En fait, j’ose dire que nous avons encore moins de temps pour nous depuis notre arrivée à Skoura, et moins de sommeil aussi, que lorsque nous parcourrions 80km en vélo dans la journée ! Je n’ai pas écrit dans mon journal de bord depuis 3 jours, ce qui n’était jamais arrivé auparavant ! Comme toutes les bonnes choses, l’accueil marocain se savoure en petite quantité, et nous frisons en ce moment l’indigestion ; ce qui me fait penser dans un rare moment de tranquillité :
“C’est pas la peine,
J’ai la flemme,
De me lever,
D’aller manger,
C’est trop dur,
Je suis pas sur,
De résister,
Encore une journée !”
Ne vous méprenez pas : l’accueil est incroyable, comme en témoigne la note de 85/100 donnée. Et nous reviendrons surement. Mais il faut savoir en profiter avec parcimonie et quelquefois dire non, car qui voyage loin ménage sa monture, et son estomac ! Sur ce, je vous laisse, on nous attend pour déjeuner !