Tanger - Fès ; la traversée du Rif

30 Mai. Après 80km dont 50 parcourrus sous la pluie battante sans pause, nous arrivons assez tôt à Tarifa. Nous prenons donc de suite nos billets de Ferry, espérant semer le mauvais temps, et après quelques douanes et une demi heure de traversée nous débarquons à Tanger.


Le ciel bleu marocain !

Le dépaysement est immédiat : dès la sortie du port, la circulation semble être un flot continu de taxis (des Fiat Uno), camions, et vélos. Les intersections se négocient plus au feeling et au klaxon qu’autre chose. Le concert de klaxon est d’ailleurs permanent, mais nous découvrons vite qu’il sert de langage à part entière. Nous nous faufilons rapidement à travers, en direction de la vieille ville - la Medina - où les voitures laissent place à des piétons tout aussi nombreux. En effet, ici, tout est ruelle étroite et pavée, ou en pierre, et chacune rivalise par sa pente prononcée, ses virages en coin ou sa minuscule taille. Toutes sont quasi exclusivement bordées de boutiques en tout genre. Les maisons, enfin, semblent recouvertes de terre et construites en plusieurs étages successifs débouchant sur une terrasse en guise de toit. On retrouvera ce schéma dans toutes les villes traversées.


Vue sur la ville depuis la Kasbah

Nous nous rendons donc à notre petit hôtel, un peu miteux et surtout “moustiqueux”, avec notre chambre contenant seulement 3 lits et un évier pour un repos bien mérité avant de sortir dîner et de profiter d’un thé à la menthe sur la place principale de la ville.
Le lendemain, nous consacrons la matinée à nous promener dans la ville avant de partir sur nos vélos. Nous avons choisi d’éviter la côte qui semble très construite, et de traverser le Rif, la chaîne de montagne du Nord du Maroc connue principalement pour ses champs de cannabis, et nous partons donc vers l’Est en direction de Tétouan. La sortie de la ville est “sportive”, avec la traversée périlleuse d’un rond-point à 4 voies, mais pour le reste la nationale que nous empruntons est en excellent état, roulante et peu dangereuse. La plupart des gros véhicules nous préviennent d’ailleurs de loin de leur arrivée par des petits coups de klaxon, même si cela ne les empêche pas de nous doubler de près lorsque d’autres véhicules arrivent en sens inverse. Mais on se fait vite à tout ça…


Un lac entre Tanger et Tétouan, pour une pause agréable…

Nous campons dans une “sapinière”, appelation de Laurent pour une forêt de pins, et testons les hamacs achetés à Séville.

La nuit est froide, très froide… Nous croisons de nombreux enfants partout, dans les champs, dans les bois, aux endroits les plus inattendus, qui promènent des chèvres, un âne… Le soir, un habitant vient discuter avec nous (En espagnol, plus parlé dans cette région que le français) ; les échanges sont enrichissants…


Les hamacs… les chèvres…

Nous repartons le lendemain en direction de Chefchaouen. La route s’élève déjà significativement, et avec la chaleur qui s’installe en plus, faire 60km n’a plus du tout la même signification que sur les longues lignes droites espagnoles. Laurent pète son porte bagage en deux au passage, et on le fait réparer à la soudure à l’arc chez le forgeron local !


Réparation chez le forgeron local




Problèmes de pas de vis, décidemment…

La ville se situe sur la montagne, à 600m d’altitude, et c’est bien fatigués que nous y arrivons. Là, nous prenons un peu trop le temps de nous reposer, et nous sommes surpris stupidement par la nuit au moment de repartir. Nous plantons la tente un peu n’importe comment quelques courts kms plus loin parcourrus à la frontale ! Et oui, il y a 2h de décalage horaire au Maroc, mais pourtant c’est environ la même longitude que l’ouest de l’Espagne…

Et le 2 juin nous mourrûmes ;-) Explications : nous avions repéré sur la carte michelin une route indiquée comme “dangereuse et difficile” (pour les voitures) et nous nous sommes sentis obligés de l’emprunter ! En fait, la route montait verticalement depuis moins de 200m jusqu’à environ 1000m de haut. Ce n’était pas même un col, mais la route semblait s’évertuer à monter toujours, sinueusement, pour emprunter les plus hautes crêtes lors de sa progression ; les cols, c’étaient les descentes ! Nous arrivons exténués à Zoumi où nous campons dans un champ quelconque. Ici à côté de la ville, il y a un peu de place, mais dans la montagne le moindre espace sans plantation de blé était utilisé pour y faire pousser de la Weed…


Enfants sur le chemin de l’école




Rencontres inattendues


Route des cîmes dominant des champs un peu trop fluo pour être honnêtes…


 Lors de cette même étape, nous avons également été invités par des locaux à partager un petit déjeuner ensemble, alors que nous faisions la vaisselle dans un cours d’eau. Nous avons partagé un moment agréable et enrichissant avec Abdellah et Abdulwahed, même si leur français était très limité (mais moins encore que notre Arabe, malheureusement).

Petit déjeuner au bord de la rivière…




Des gens, toujours des gens…


Le lendemain la température semble augmenter encore, et nous comprenons alors tout le sens de l’été au Maroc. Le fond de l’air reste agréable à l’ombre ou quand le vent souffle, mais la chaleur du soleil est écrasante, et ce pas seulement en milieu de journée. Nous coupons donc notre étape avec une pause de 4h au bord de la rivière à l’ombre d’un pont. C’est aussi l’occasion de profiter d’un bain très attendu.

Lessive dans la rivière

Le soir, Louis se sent mal, de plus en plus mal, jusqu’à ce qu’il se pose sur un trottoir et régurgite le contenu de son estomac… Miam. Les passants s’inquiètent pour lui : “Il a quoi ton ami, il est malade ? …” Il avait surement juste bu de l’eau verte [NDLR : qui va trouver la référence ? ]. Louis ne mangera pas dans les 24h suivantes, ce qui ne l’empêchera pas d’aller aux toilettes plus que de raison, et ce qui le restreindra à des vitesses sous-cristobalesques [1] (no offence) dans les montées de l’étape suivante vers Fès. D’ailleurs, le 14km/h de moyenne en atteste, c’est un record.

Vue de l’arrivée sur Fès, par les montagnes

L’arrivée dans Fès a été assez oppressante, Louis n’ayant toujours que l’envie d’aller se coucher, et les sollicitations des “rabatteurs” étant incéssantes pour nous amener dans tel ou tel hotel où nous n’avions aucune envie de poser notre liasse de billets. Nous tentons une traversée de la ville à l’azimut vers celui que nous avons choisi par guide du routard interposé, mais bientôt nous nous retrouvons dans la médina, avec peu d’autre choix que le demi-tour. Nous finissons par faire le tour de la ville par la route extérieure et trouvons notre hotel près de la porte Nord.

Aperçu de la Médina

Par économie, nous séjournons sur la terrasse du toit au lieu de prendre une chambre, 40Dh/jour/personne, ça va… et ce n’est pas désagréable du tout. Nous profitons de la ville pour aller manger des Tajines dans le restau d’en face, c’est à dire sans trop d’éloigner des toilettes de l’hotel, auxquelles Louis fera honneur à maintes reprises. Nous finissons la soirée sur notre terrasse, en compagnie de 2 anglais (et de bières) qui partent pour traverser l’Atlas à pieds, un bien beau projet aussi.

Nous allons maintenant profiter de cette journée de repos pour visiter la ville, avant de repartir vers Meknès, puis Rabat…

[1] : En référence aux performances cyclistes de notre ami Christophe, dont le sport de prédilection n’est peut-être pas le vélo, et qui par le passé, lors de certaines sorties, nous avait étonné par sa capacité à garder l’équilibre à des vitesses inférieures à 6km/h. Mais rassurez vous, il s’entraine…

12 Responses to “Tanger - Fès ; la traversée du Rif”

  1. Chris Says:

    Hahaha.
    Je n’ai pas grand chose d’un cycliste certes, mais niveau bronzage je loupe rien !

  2. virgile Says:

    Ah enfin le soleil et la chaleur du Maroc. Arrétez de vous plaindre car vous allez en énerver plus d’un ici car la France est plongé depuis 1-2 semaines dans un retour à l’automne. Mauvais temps, pluie pratiquement tous les jours, et limite un petit coup de froid qui s’installe. Je crois qu’avec vos photos vous allez donner envie à nous tous, moi le premier.
    Par contre n’oubliez pas de rester une semaine à agadir pour faire de la plage non-stop avec des petites séances de bronzage car pour louis et laurent le bronzage cycliste ça éblouit presque sur les photos!!
    Bonne route et bon courage pour la descente du maroc.

    p.s.: pensez à ramasser qqs pieds de weed au cas où vous soyez un peu court niveau budget!!

  3. nico Says:

    > Ouè, n’hésitez pas à tous nous rejoindre une semaine à Agadir !

  4. Max Says:

    Vous prenez quelle compagnie pour rentrer, ça coûte combien ?

  5. Max Says:

    Ah ben zut, il faut un passeport et j’en ai pas.

  6. louis l'autre Says:

    ouaiche
    on est mieu en afrique point de vue chaleur , pour info à ouaga il fait 42 à 9 heures du mat.
    sinon j’adore le bronzage vous allez avoir du succes à la plage tient.
    courage Louis, mais je suis sur que tu n’en manque pas, et … c’est quoi cette eau verte ?

  7. Seb Says:

    Pas mal la soudure chez le local!
    Sinon vous souhaiterez bonne chance à Louis quand il sortira des toilettes ;)

  8. louis (l'autre) Says:

    Donc si je comprend bien, Louis semble avoir le monopole des pepins physiques et Laurent des pépins mecaniques… Sinon Nico , tout va bien ? ;)

  9. nico Says:

    J’ai cassé 2 roues mais c’était sur le continent ; ici tout va bien.

    Max > Boulet (ca se fait faire un passeport)
    Easyjet Marrakech - Lyon, Aller simple, environ 100€

  10. Adeline Says:

    Vous nous avez fait languir (je profite du nouveau statut littéraire de ce blog depuis qu’il contient de la poésie, grâce à Nico surtout, il faut le souligner) mais ça valait le coup d’attendre pour enfin voir les photos. Mention spéciale au cadreur pour son travail sur les premiers plans : ça ne devait pas toujours être évident de trouver des végétaux en ville ou dans le désert…
    Louis, si comme Laurent tu avais lu “Le Prince de Sang mêlé”, tu eusses su que ce n’est pas une super bonne idée de boire de l’eau verte. Néanmoins je te remercie au nom de tous les littéraires dont tu justifies le travail en montrant - à ton corps défendant - que la littérature ça peut servir dans la vie et pas seulement les jours de pluie pour éviter de mourir d’ennui, n’en déplaise à Nico. Laurent, qui avais raison, quand je tentais de te démontrer (assez difficilement) la pertinence de cet épisode dans la saga Harry Potter ??! La preuve que J.K Rowling savait de quoi elle parle : maintenant grâce à vous ça sent le vécu ;-) Enfin, Louis j’espère que les similitudes avec Dumbledore s’arrêtent là, et que tu vas mieux.

    Allez, dernière ligne droite (façon de parler bien-sûr) : vous “chauffez” de plus en plus à chaque tour de pédale qui vous rapproche du but ;-)

  11. nico Says:

    Louis a essayé de faire une similitude de barbe en ne rasant pas pendant 19 jours, mais il a échoué…

  12. Cecile Says:

    Je pose une option sur la photo de Laurent dans le hamac avec les chevres derrieres. Je compte vous l’acheter et la faire agrandir pour la mettre a mon mur. Juste a cote je mettrai la photo de laurent qui avait subit les graffiti de bene (vacances au Cap D’agde ete 2003) et avait une biquette de dessiner sur le mollet !

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