Archive for June, 2008

A travers l’Atlas

Friday, June 20th, 2008

Il était une route qui traversait l’Atlas,
Massif désertique au pare-terre rocailleux,
Peut-être façonné pendant l’age de glace,
Mais brulant maintenant sous un soleil de feu.

Sur cette route immense, et montant lentement,
Nous étions trois cyclistes, tous lourdement chargés,
Qui pédalaient sans cesse, et inlassablement,
En tête une seule idée : la quête du sommet !

Quand enfin ils parvinrent tout au bout de leurs peines,
Ils restèrent bouche bée face au panorama,
Puis ils redescendirent tout en bas vers la plaine,
Et juste avant de frire, ils stoppèrent à Skoura.

Talout nous accueille la main droite sur le cœur,
Il nous offre le gîte, ainsi que le couvert,
Dans sa bien belle auberge, fruit de son dur labeur,
Reposons-nous au mieux, le plus dur reste à faire…

Archétypes de conversation

Monday, June 9th, 2008

Ce voyage est une occasion pour nous d’interagir avec d’autres personnes et d’autres cultures. Après le petit bout de chemin que nous avons parcouru, voici une petite collection de conversations qui nous ont marqués.

Le nord de l’Espagne enchaîné

Au nord de l’Espagne, Louis nous abandonnait. Nous étions obligés de nous débrouiller par nous même, et lorsque Nico n’était pas à mes côtés, j’étais bien forcé d’user de mon espagnol, approximatif et très inspiré de l’italien. Lorsque je demandais “Como vamos a Irun con l’autobus ?”, on me répondait d’une longue tirade en espagnol “muy rapido”, intercalé de mes “No entiendo” placés dans un flot de palabres supersoniques. Nous avons appelé ce phénomène “se faire enchaîner”.

Le Portugal dual

Tout le monde nous avait dit qu’au Portugal, les gens parlaient français. Erreur -et on nous avait dit qu’après la France, il faisait beau. Par contre, à notre grande surprise, nous avons rencontré beaucoup de personnes parlant très bien anglais. “Boa tarde”, commençé-je. “How can I help you sir?”, et dans un anglais parfait (côté portugais), la conversation filait.

Cependant, nous avons rencontré quelques portugais francophones. Nous nous étions abrités sous un abri de taxi pendant une averse. Deux personnes s’avancent vers nous, et nous expliquent qu’il serait judicieux de monter un pare brise sur le vélo. L’un d’eux nous fera la conversation en français (bien qu’il eut vécu en Suisse). Ce petit bonhomme très fier s’exprimait dans un français assez idiomatique : “J’étais dans un trou paumé, et la bagnole s’est mise à faire des siennes, p*ta*n, heureusement, il y avait un mec au bord de la route qui a pu me sortir de la mouise…”. Et je souriais, malgré la pluie, malgré la crevaison.

Le sud de l’Espagne, encore plus fort !

Nous étions revenus en Espagne, et j’avais troqué mon peu d’espagnol contre encore moins de portugais. Mais puisque je suis courageux, j’adressais parfois la parole aux gens (même si j’avais peur). Nico et Louis étaient à la bibliothèque (pour s’instruire) pendant que je gardais les vélos. Deux teenagers m’adressent la parole. Après des présentations sommaires, ils essaient d’en savoir plus sur moi : “Estas cansado ?” (es-tu fatigué), ce à quoi je réponds “No entiendo” (je ne comprends pas). Ils essaient alors de me réexpliquer : “Estas cansado ?”, “No entiendo”, “Estas cansado ?”, “No entiendo”. Conversation de sourd ? Oui, du moins ils devaient penser que je l’étais, parce qu’à chaque “No entiendo”, ils essayaient de me faire comprendre “Estas cansado” en le répétant plus fort. À la fin, le suspens avait gagné tout le quartier, ils se demandaient tous si j’étais vraiment fatigué.

Le Maroc en coeur

Nous sommes arrivés depuis une seule semaine au Maroc, et nous sommes déjà très impressionnés ! Je faisais le tour des magasins de Fès dans l’espoir de trouver un jeu de plateau de qualité (ni en plastique, ni en fonte), et aux alentours de midi, j’arrive dans un n-ième magasin. “Salam Alekoum”, lancé-je. “Alekoum salam. Viens, mange !”. Et voilà que je partageais le repas des mécanos ! Ceci est un exemple parmi tant d’autres. Nico vous avait parlé de notre rencontre avec Abdellah et Abdelwahid.

La gestuelle italienne

Sur notre chemin, nous avons rencontré d’autres gens, d’autres personnes. À Lisbonne, nous avons rencontré un italien de Venise, je suis persuadé qu’il a été un jour comédien, j’ai reconnu en lui un Arlequin. Bien que je pouvais communiquer avec lui en italien (malgré son accent très prononcé), c’est le langage des mains qui a prévalu. Lorsqu’on lui disait que l’on campait sauvagement, il nous montrait tour à tour du doigt avant de faire un signe de rassemblement, puis il se désignait, et lentement, il montait le pouce au cou, et d’un geste vif “couic” : à trois, nous ne craignions rien, tout seul, il était dangereux de dormir n’importe où !

Le français fork périple

Nous sommes partis il y a presque deux mois et avons développé un vocabulaire spécialisé pour notre vie de tous les jours. Notre vocabulaire s’est parfois enrichi, par exemple Louis remarquait qu’il employait de nombreuses expressions pour “j’ai déposé beaucoup d’excréments”, telles que “j’ai cassé le chiotte en deux”, j’ai défoncé le chiotte”, “j’ai casseboîte le chiotte”, ‘j’ai pourri le chiotte”, j’ai tout défoncé”, et bien d’autres encore, le champ lexical restant fécal.

Notre vocabulaire s’est parfois transformé, et par abus de langage, ou jeux de mots, nous employons de nouvelles expressions, par exemple “t’as perdu plein de points” lorsqu’il s’agit de dire “ceci n’est pas dans l’esprit du périple”.

Pour finir, je vous laisse deviner le sens de “T’as pas une feinte ?”.

Midnight inspiration

Monday, June 9th, 2008

We’re at a carpet seller first floor,
He led us up, and closed the door,
After friendy persuation,
I bought a bit out of reason.

We are sitted having diner,
Louis says food makes him sicker,
He can’t even finish his dish,
“Give me the rice, and take the fish !”

We are riding through the city,
Laurent stops very suddenly,
He spotted a shop selling beer,
Loosing training is his worst fear.

And while you are reading those lines,
Barely aware, checking the rhymes,
We’re going on at a good pace,
This was the chapter about Fès.

Tanger - Fès ; la traversée du Rif

Thursday, June 5th, 2008

30 Mai. Après 80km dont 50 parcourrus sous la pluie battante sans pause, nous arrivons assez tôt à Tarifa. Nous prenons donc de suite nos billets de Ferry, espérant semer le mauvais temps, et après quelques douanes et une demi heure de traversée nous débarquons à Tanger.


Le ciel bleu marocain !

Le dépaysement est immédiat : dès la sortie du port, la circulation semble être un flot continu de taxis (des Fiat Uno), camions, et vélos. Les intersections se négocient plus au feeling et au klaxon qu’autre chose. Le concert de klaxon est d’ailleurs permanent, mais nous découvrons vite qu’il sert de langage à part entière. Nous nous faufilons rapidement à travers, en direction de la vieille ville - la Medina - où les voitures laissent place à des piétons tout aussi nombreux. En effet, ici, tout est ruelle étroite et pavée, ou en pierre, et chacune rivalise par sa pente prononcée, ses virages en coin ou sa minuscule taille. Toutes sont quasi exclusivement bordées de boutiques en tout genre. Les maisons, enfin, semblent recouvertes de terre et construites en plusieurs étages successifs débouchant sur une terrasse en guise de toit. On retrouvera ce schéma dans toutes les villes traversées.


Vue sur la ville depuis la Kasbah

Nous nous rendons donc à notre petit hôtel, un peu miteux et surtout “moustiqueux”, avec notre chambre contenant seulement 3 lits et un évier pour un repos bien mérité avant de sortir dîner et de profiter d’un thé à la menthe sur la place principale de la ville.
Le lendemain, nous consacrons la matinée à nous promener dans la ville avant de partir sur nos vélos. Nous avons choisi d’éviter la côte qui semble très construite, et de traverser le Rif, la chaîne de montagne du Nord du Maroc connue principalement pour ses champs de cannabis, et nous partons donc vers l’Est en direction de Tétouan. La sortie de la ville est “sportive”, avec la traversée périlleuse d’un rond-point à 4 voies, mais pour le reste la nationale que nous empruntons est en excellent état, roulante et peu dangereuse. La plupart des gros véhicules nous préviennent d’ailleurs de loin de leur arrivée par des petits coups de klaxon, même si cela ne les empêche pas de nous doubler de près lorsque d’autres véhicules arrivent en sens inverse. Mais on se fait vite à tout ça…


Un lac entre Tanger et Tétouan, pour une pause agréable…

Nous campons dans une “sapinière”, appelation de Laurent pour une forêt de pins, et testons les hamacs achetés à Séville.

La nuit est froide, très froide… Nous croisons de nombreux enfants partout, dans les champs, dans les bois, aux endroits les plus inattendus, qui promènent des chèvres, un âne… Le soir, un habitant vient discuter avec nous (En espagnol, plus parlé dans cette région que le français) ; les échanges sont enrichissants…


Les hamacs… les chèvres…

Nous repartons le lendemain en direction de Chefchaouen. La route s’élève déjà significativement, et avec la chaleur qui s’installe en plus, faire 60km n’a plus du tout la même signification que sur les longues lignes droites espagnoles. Laurent pète son porte bagage en deux au passage, et on le fait réparer à la soudure à l’arc chez le forgeron local !


Réparation chez le forgeron local




Problèmes de pas de vis, décidemment…

La ville se situe sur la montagne, à 600m d’altitude, et c’est bien fatigués que nous y arrivons. Là, nous prenons un peu trop le temps de nous reposer, et nous sommes surpris stupidement par la nuit au moment de repartir. Nous plantons la tente un peu n’importe comment quelques courts kms plus loin parcourrus à la frontale ! Et oui, il y a 2h de décalage horaire au Maroc, mais pourtant c’est environ la même longitude que l’ouest de l’Espagne…

Et le 2 juin nous mourrûmes ;-) Explications : nous avions repéré sur la carte michelin une route indiquée comme “dangereuse et difficile” (pour les voitures) et nous nous sommes sentis obligés de l’emprunter ! En fait, la route montait verticalement depuis moins de 200m jusqu’à environ 1000m de haut. Ce n’était pas même un col, mais la route semblait s’évertuer à monter toujours, sinueusement, pour emprunter les plus hautes crêtes lors de sa progression ; les cols, c’étaient les descentes ! Nous arrivons exténués à Zoumi où nous campons dans un champ quelconque. Ici à côté de la ville, il y a un peu de place, mais dans la montagne le moindre espace sans plantation de blé était utilisé pour y faire pousser de la Weed…


Enfants sur le chemin de l’école




Rencontres inattendues


Route des cîmes dominant des champs un peu trop fluo pour être honnêtes…


 Lors de cette même étape, nous avons également été invités par des locaux à partager un petit déjeuner ensemble, alors que nous faisions la vaisselle dans un cours d’eau. Nous avons partagé un moment agréable et enrichissant avec Abdellah et Abdulwahed, même si leur français était très limité (mais moins encore que notre Arabe, malheureusement).

Petit déjeuner au bord de la rivière…




Des gens, toujours des gens…


Le lendemain la température semble augmenter encore, et nous comprenons alors tout le sens de l’été au Maroc. Le fond de l’air reste agréable à l’ombre ou quand le vent souffle, mais la chaleur du soleil est écrasante, et ce pas seulement en milieu de journée. Nous coupons donc notre étape avec une pause de 4h au bord de la rivière à l’ombre d’un pont. C’est aussi l’occasion de profiter d’un bain très attendu.

Lessive dans la rivière

Le soir, Louis se sent mal, de plus en plus mal, jusqu’à ce qu’il se pose sur un trottoir et régurgite le contenu de son estomac… Miam. Les passants s’inquiètent pour lui : “Il a quoi ton ami, il est malade ? …” Il avait surement juste bu de l’eau verte [NDLR : qui va trouver la référence ? ]. Louis ne mangera pas dans les 24h suivantes, ce qui ne l’empêchera pas d’aller aux toilettes plus que de raison, et ce qui le restreindra à des vitesses sous-cristobalesques [1] (no offence) dans les montées de l’étape suivante vers Fès. D’ailleurs, le 14km/h de moyenne en atteste, c’est un record.

Vue de l’arrivée sur Fès, par les montagnes

L’arrivée dans Fès a été assez oppressante, Louis n’ayant toujours que l’envie d’aller se coucher, et les sollicitations des “rabatteurs” étant incéssantes pour nous amener dans tel ou tel hotel où nous n’avions aucune envie de poser notre liasse de billets. Nous tentons une traversée de la ville à l’azimut vers celui que nous avons choisi par guide du routard interposé, mais bientôt nous nous retrouvons dans la médina, avec peu d’autre choix que le demi-tour. Nous finissons par faire le tour de la ville par la route extérieure et trouvons notre hotel près de la porte Nord.

Aperçu de la Médina

Par économie, nous séjournons sur la terrasse du toit au lieu de prendre une chambre, 40Dh/jour/personne, ça va… et ce n’est pas désagréable du tout. Nous profitons de la ville pour aller manger des Tajines dans le restau d’en face, c’est à dire sans trop d’éloigner des toilettes de l’hotel, auxquelles Louis fera honneur à maintes reprises. Nous finissons la soirée sur notre terrasse, en compagnie de 2 anglais (et de bières) qui partent pour traverser l’Atlas à pieds, un bien beau projet aussi.

Nous allons maintenant profiter de cette journée de repos pour visiter la ville, avant de repartir vers Meknès, puis Rabat…

[1] : En référence aux performances cyclistes de notre ami Christophe, dont le sport de prédilection n’est peut-être pas le vélo, et qui par le passé, lors de certaines sorties, nous avait étonné par sa capacité à garder l’équilibre à des vitesses inférieures à 6km/h. Mais rassurez vous, il s’entraine…