Archive for the ‘Etapes et voyage’ Category

Le jour le plus long

Saturday, June 28th, 2008

Vendredi 27 juin, 6h du matin. Nous ouvrons un œil hagard. Malgré l’heure matinale, la lueur de l’aube nous englobe déjà depuis un certain temps. Dans quelques minutes, le soleil se lèvera, là bas derrière la montagne. Difficilement, et les paupières encore lourdes de sommeil en retard, nous nous levons. Pain et Nutella (ou une pâte qui est au Nutella ce que le Cola est au Coca…), voilà une recette facile pour bien démarrer la journée. Le temps de plier nos duvets, et la bâche (nous ne montons plus la tente au Maroc, il fait trop chaud…), et nous sommes presque prêts à partir. Une nuit de plus dans le désert, et toujours pas d’attaque de scorpions ; tout va bien. Enfin Laurent et Louis sont encore malades, mais bon…

Situation : nous sommes 6km après Talouine, dans les contreforts Ouest de l’Anti-Atlas. Devant nous une plaine désertique. Puis une longue vallée. Au bout, loin, l’océan, Agadir. Le repos. Nous enfourchons les vélos ; il est 7h30.

Une plaine désertique (pas la même)

Nous avions imaginé pouvoir finir en beauté, par une étape fleuve. Mais les difficultés rencontrées les 2 derniers jours, la fatigue, la chaleur, et la diarrhée aigüe de Louis nous avaient mis le doute dans la tête. Pourtant, l’espoir renaît lorsque le début de l’étape se présente comme plat franchement descendant. En 1h, nous avons parcouru 32km. De plus, en nous arrêtant remplir nos bouteilles d’eau, et à l’entame d’une longue ligne droite de 40km marquant l’entrée de la plaine, nous nous rendons compte que le vent souffle assez fort dans notre dos. Un vent d’Est qui nous pousse à des allures surprenantes : 30, 35km/h…

Nous roulons sans arrêt pendant toute la matinée ; la plaine est vite derrière nous et la vallée bien entamée à 11h30 lorsque assoiffés nous nous arrêtons dans une station service pour acheter 2L de Coca. En effet, le vent d’Est / Sud Est qui nous pousse est un vent qui vient du désert. Au rayonnement du soleil (environ 40°) s’ajoutent donc des bouffées d’air chaud qui nous donnent à chaque rafale l’impression de passer la tête devant le four lorsque la pizza est prête ! Nous buvons constamment, quasiment 1L toutes les 30min au plus fort de la chaleur. Et pourtant ça descend… Nous en sommes à 100km.

Dans notre concentration nous avons un peu oublié de gérer le repas de midi. Je propose d’acheter de suite du pain et du thon dans une épicerie (il est déjà 11h30) mais Laurent et Louis préfèrent trouver un restaurant sur la route afin de pouvoir y rester ensuite au frais jusqu’à la fin de l’après-midi. Pourquoi pas ? Mais l’offre manque sur la route, et nous ne trouvons rien de satisfaisant avant midi et quelques, heure où la chaleur est déjà insupportable avec le vent “sèche-cheveux”. Par chance, le restaurant que Laurent trouve et qui fait aussi “Bed & Breakfast” a une piscine, ce qui nous permettra de survivre sans brûler jusqu’à 17h30. En plus la cuisine, bien qu’assez chère, était bonne. Nous en sommes à 115km.

La piscine

Nous repartons donc, avec pour objectif d’aller au bout. Mais si jusqu’alors, nous avions une moyenne horaire vent dans le dos de plus de 29km/h, les conditions ont changé. La fin de journée venant, le vent a changé de direction et souffle maintenant contre nous, sans pour autant avoir perdu en température. Nous progressons maintenant à 20km/h, en prenant des relais et en forçant. C’est dur, très dur. Nous tenons comme ça 1h, 1h30… Enfin, la température baisse avec le soleil, et le vent, qui perd de sa force, devient frais ! Nous redoublons d’efforts en entrons dans la périphérie d’Agadir vers 21h.

Nous suivons les grands boulevards, nous perdons un peu, puis après questionnements successifs et indications faiblement convergentes arrivons à l’hôtel que nous avions repéré sur le guide du Routard un peu avant 22h. Cette fois la nuit est tombée, mais la ville est très bien éclairée. Le temps de prendre des douches, nous ressortons et allons au MacDonald que nous avions repéré sur la route. Nous mangeons chacun 2 menus maxi best of, sauf Laurent qui avait mal au ventre…

“Bonjour je voudrais 2 menus Maxi Best-of s’il vous plait”

Nous nous couchons tard, bien morts, mais heureux d’être à Agadir et de cette grande étape finale : 177km, 6h42, 26.38km/h de moyenne. J’arrête le vélo…

Echange vélo Lapierre fait main, jaune, 10 000km, contre tout véhicule motorisé…

La remise des vélos !

Monday, June 23rd, 2008

Il était une fois à Chambéry, trois jeunes amis décidèrent de partir à l’aventure. Ils s’appelaient Louis “ça va monter”, Nicolas “je porte la tente”, et Laurent “j’ai faim”. Ces trois jeunes amis étaient à la recherche d’un challenge, ils entreprirent alors de participer au marathon du royaume de Sodoku, mais furent éliminés pour usage de sorcellerie informatique. Puisque les entreprises de l’esprit ne leurs réussissaient pas, ils optèrent pour un défi sportif. Ils décidèrent de rallier Agadir, au royaume du Maroc, depuis Chambéry. Chevauchant leur bicyclette, ils parcoururent moult lieues, et avant d’arriver au terme de leur périple, s’arrêtèrent dans le petit village de Skoura, au delà des terres arides et des montagnes. Le lecteur aura soin de lire les autres tomes du blog pour prendre connaissance de la totalité de leur aventure, il sera traité dans ce tome de leur seul séjour à Skoura.

Louis à l’attaque de l’Atlas, avec 8.5L d’eau de la rivière dans son sac vert.

Revenons un peu avant leur arrivée à Skoura. Louis, Nicolas et Laurent se trouvaient alors dans les hautes montagnes de l’Atlas. Les montagnes étaient magnifiques. Hélas, peu de personnes y habitaient, et il leur fallait transporter rafale provisions, constituées principalement de pain et de sardines, et boire l’eau de rivières. Ils sortirent vivants de cet épisode épique, et se dirigeaient à présent vers Skoura. Ils firent halte Chez Talout, excellent aubergiste, homme intègre au grand cœur, et se reposèrent pendant deux jours.

Ahmed, Laurent, Talout, Nico, Dbagh, Louis lors de la remise des vélos.

Après ce repos bien mérité, ils se mirent à la tâche. En effet, ils étaient venus jusqu’à Skoura avec l’espoir d’aider les jeunes gens des environs à aller à l’école. Avant de partir, leur entourage, mais aussi l’Institut Eurecom, NXP Semicondutors, et Atos Origin, leurs avaient confié un véritable petit trésor. Grâce à l’aide de Karine d’Azekka et d’Abdemoulah Talout, ils firent bon usage de ce petit trésor, ils firent l’acquisition de 54 montures à deux roues. Ces montures étaient destinées aux jeunes gens habitant loin de leur collège et de leur lycée, devant parcourir des distances gargantuesques tous les jours, deux fois par jours.

Louis était devenu un expert de la clef allen et de la clef plate de 10.

Pendant trois jours ils s’affairèrent à la remise en état des 54 montures, grâce à l’aide des talents de Brahim Maitre cycliste de Skoura, et de son jeune fils, Mohamed. Il faut avouer que Louis, Nicolas, et Laurent progressaient lentement en comparaison de Brahim, qui d’un tour de main, remettait à neuf les montures épuisées. Cependant, à force de persistance, après d’innombrables changements de pneus, de câbles, réglages de dérailleurs et de freins, les picalas, comme les jeunes aiment à appeler les montures à deux roues au royaume du Maroc, étaient prêts à l’utilisation. Ils étaient même tous équipés d’une dynamo !

Louis comptait les 54 vélos le jour de la remise, pendant que je comptais sur lui (risqué).

C’est ainsi que Dimanche 22 Juin, ils firent connaissance de 54 jeunes gens des environs de Skoura, collégiens, collégiennes, lycéens et lycéennes sérieux et motivés pour étudier, malgré leurs revenus modestes, et la distance qui les séparent de l’école. Sous promesse d’être assidus et sérieux, il leur a été remis à chacun un picala, pour le seul usage du trajet scolaire. Ce picala reste la propriété de l’association, et sera transmis à un autre élève à la fin de leur cursus secondaire. 33 filles et 21 garçons ont pu bénéficier d’un picala équipé d’une dynamo, et d’un kit de réparation.

La remise des picalas le matin, avec l’équipe pédagogique.

Remise des picalas dans l’après midi.

L’histoire ne dit pas encore s’ils réussiront tous des études brillantes. Ils profitent pour l’instant de vacances bien méritées. Ils vécurent des vacances heureuses, et eurent de nombreuses rentrées scolaires.

Quant à Louis, Nicolas et Laurent, leurs aventures ne sont pas encore terminées…

A travers l’Atlas

Friday, June 20th, 2008

Il était une route qui traversait l’Atlas,
Massif désertique au pare-terre rocailleux,
Peut-être façonné pendant l’age de glace,
Mais brulant maintenant sous un soleil de feu.

Sur cette route immense, et montant lentement,
Nous étions trois cyclistes, tous lourdement chargés,
Qui pédalaient sans cesse, et inlassablement,
En tête une seule idée : la quête du sommet !

Quand enfin ils parvinrent tout au bout de leurs peines,
Ils restèrent bouche bée face au panorama,
Puis ils redescendirent tout en bas vers la plaine,
Et juste avant de frire, ils stoppèrent à Skoura.

Talout nous accueille la main droite sur le cœur,
Il nous offre le gîte, ainsi que le couvert,
Dans sa bien belle auberge, fruit de son dur labeur,
Reposons-nous au mieux, le plus dur reste à faire…

Tanger - Fès ; la traversée du Rif

Thursday, June 5th, 2008

30 Mai. Après 80km dont 50 parcourrus sous la pluie battante sans pause, nous arrivons assez tôt à Tarifa. Nous prenons donc de suite nos billets de Ferry, espérant semer le mauvais temps, et après quelques douanes et une demi heure de traversée nous débarquons à Tanger.


Le ciel bleu marocain !

Le dépaysement est immédiat : dès la sortie du port, la circulation semble être un flot continu de taxis (des Fiat Uno), camions, et vélos. Les intersections se négocient plus au feeling et au klaxon qu’autre chose. Le concert de klaxon est d’ailleurs permanent, mais nous découvrons vite qu’il sert de langage à part entière. Nous nous faufilons rapidement à travers, en direction de la vieille ville - la Medina - où les voitures laissent place à des piétons tout aussi nombreux. En effet, ici, tout est ruelle étroite et pavée, ou en pierre, et chacune rivalise par sa pente prononcée, ses virages en coin ou sa minuscule taille. Toutes sont quasi exclusivement bordées de boutiques en tout genre. Les maisons, enfin, semblent recouvertes de terre et construites en plusieurs étages successifs débouchant sur une terrasse en guise de toit. On retrouvera ce schéma dans toutes les villes traversées.


Vue sur la ville depuis la Kasbah

Nous nous rendons donc à notre petit hôtel, un peu miteux et surtout “moustiqueux”, avec notre chambre contenant seulement 3 lits et un évier pour un repos bien mérité avant de sortir dîner et de profiter d’un thé à la menthe sur la place principale de la ville.
Le lendemain, nous consacrons la matinée à nous promener dans la ville avant de partir sur nos vélos. Nous avons choisi d’éviter la côte qui semble très construite, et de traverser le Rif, la chaîne de montagne du Nord du Maroc connue principalement pour ses champs de cannabis, et nous partons donc vers l’Est en direction de Tétouan. La sortie de la ville est “sportive”, avec la traversée périlleuse d’un rond-point à 4 voies, mais pour le reste la nationale que nous empruntons est en excellent état, roulante et peu dangereuse. La plupart des gros véhicules nous préviennent d’ailleurs de loin de leur arrivée par des petits coups de klaxon, même si cela ne les empêche pas de nous doubler de près lorsque d’autres véhicules arrivent en sens inverse. Mais on se fait vite à tout ça…


Un lac entre Tanger et Tétouan, pour une pause agréable…

Nous campons dans une “sapinière”, appelation de Laurent pour une forêt de pins, et testons les hamacs achetés à Séville.

La nuit est froide, très froide… Nous croisons de nombreux enfants partout, dans les champs, dans les bois, aux endroits les plus inattendus, qui promènent des chèvres, un âne… Le soir, un habitant vient discuter avec nous (En espagnol, plus parlé dans cette région que le français) ; les échanges sont enrichissants…


Les hamacs… les chèvres…

Nous repartons le lendemain en direction de Chefchaouen. La route s’élève déjà significativement, et avec la chaleur qui s’installe en plus, faire 60km n’a plus du tout la même signification que sur les longues lignes droites espagnoles. Laurent pète son porte bagage en deux au passage, et on le fait réparer à la soudure à l’arc chez le forgeron local !


Réparation chez le forgeron local




Problèmes de pas de vis, décidemment…

La ville se situe sur la montagne, à 600m d’altitude, et c’est bien fatigués que nous y arrivons. Là, nous prenons un peu trop le temps de nous reposer, et nous sommes surpris stupidement par la nuit au moment de repartir. Nous plantons la tente un peu n’importe comment quelques courts kms plus loin parcourrus à la frontale ! Et oui, il y a 2h de décalage horaire au Maroc, mais pourtant c’est environ la même longitude que l’ouest de l’Espagne…

Et le 2 juin nous mourrûmes ;-) Explications : nous avions repéré sur la carte michelin une route indiquée comme “dangereuse et difficile” (pour les voitures) et nous nous sommes sentis obligés de l’emprunter ! En fait, la route montait verticalement depuis moins de 200m jusqu’à environ 1000m de haut. Ce n’était pas même un col, mais la route semblait s’évertuer à monter toujours, sinueusement, pour emprunter les plus hautes crêtes lors de sa progression ; les cols, c’étaient les descentes ! Nous arrivons exténués à Zoumi où nous campons dans un champ quelconque. Ici à côté de la ville, il y a un peu de place, mais dans la montagne le moindre espace sans plantation de blé était utilisé pour y faire pousser de la Weed…


Enfants sur le chemin de l’école




Rencontres inattendues


Route des cîmes dominant des champs un peu trop fluo pour être honnêtes…


 Lors de cette même étape, nous avons également été invités par des locaux à partager un petit déjeuner ensemble, alors que nous faisions la vaisselle dans un cours d’eau. Nous avons partagé un moment agréable et enrichissant avec Abdellah et Abdulwahed, même si leur français était très limité (mais moins encore que notre Arabe, malheureusement).

Petit déjeuner au bord de la rivière…




Des gens, toujours des gens…


Le lendemain la température semble augmenter encore, et nous comprenons alors tout le sens de l’été au Maroc. Le fond de l’air reste agréable à l’ombre ou quand le vent souffle, mais la chaleur du soleil est écrasante, et ce pas seulement en milieu de journée. Nous coupons donc notre étape avec une pause de 4h au bord de la rivière à l’ombre d’un pont. C’est aussi l’occasion de profiter d’un bain très attendu.

Lessive dans la rivière

Le soir, Louis se sent mal, de plus en plus mal, jusqu’à ce qu’il se pose sur un trottoir et régurgite le contenu de son estomac… Miam. Les passants s’inquiètent pour lui : “Il a quoi ton ami, il est malade ? …” Il avait surement juste bu de l’eau verte [NDLR : qui va trouver la référence ? ]. Louis ne mangera pas dans les 24h suivantes, ce qui ne l’empêchera pas d’aller aux toilettes plus que de raison, et ce qui le restreindra à des vitesses sous-cristobalesques [1] (no offence) dans les montées de l’étape suivante vers Fès. D’ailleurs, le 14km/h de moyenne en atteste, c’est un record.

Vue de l’arrivée sur Fès, par les montagnes

L’arrivée dans Fès a été assez oppressante, Louis n’ayant toujours que l’envie d’aller se coucher, et les sollicitations des “rabatteurs” étant incéssantes pour nous amener dans tel ou tel hotel où nous n’avions aucune envie de poser notre liasse de billets. Nous tentons une traversée de la ville à l’azimut vers celui que nous avons choisi par guide du routard interposé, mais bientôt nous nous retrouvons dans la médina, avec peu d’autre choix que le demi-tour. Nous finissons par faire le tour de la ville par la route extérieure et trouvons notre hotel près de la porte Nord.

Aperçu de la Médina

Par économie, nous séjournons sur la terrasse du toit au lieu de prendre une chambre, 40Dh/jour/personne, ça va… et ce n’est pas désagréable du tout. Nous profitons de la ville pour aller manger des Tajines dans le restau d’en face, c’est à dire sans trop d’éloigner des toilettes de l’hotel, auxquelles Louis fera honneur à maintes reprises. Nous finissons la soirée sur notre terrasse, en compagnie de 2 anglais (et de bières) qui partent pour traverser l’Atlas à pieds, un bien beau projet aussi.

Nous allons maintenant profiter de cette journée de repos pour visiter la ville, avant de repartir vers Meknès, puis Rabat…

[1] : En référence aux performances cyclistes de notre ami Christophe, dont le sport de prédilection n’est peut-être pas le vélo, et qui par le passé, lors de certaines sorties, nous avait étonné par sa capacité à garder l’équilibre à des vitesses inférieures à 6km/h. Mais rassurez vous, il s’entraine…