Ce voyage est une occasion pour nous d’interagir avec d’autres personnes et d’autres cultures. Après le petit bout de chemin que nous avons parcouru, voici une petite collection de conversations qui nous ont marqués.
Le nord de l’Espagne enchaîné
Au nord de l’Espagne, Louis nous abandonnait. Nous étions obligés de nous débrouiller par nous même, et lorsque Nico n’était pas à mes côtés, j’étais bien forcé d’user de mon espagnol, approximatif et très inspiré de l’italien. Lorsque je demandais “Como vamos a Irun con l’autobus ?”, on me répondait d’une longue tirade en espagnol “muy rapido”, intercalé de mes “No entiendo” placés dans un flot de palabres supersoniques. Nous avons appelé ce phénomène “se faire enchaîner”.
Le Portugal dual
Tout le monde nous avait dit qu’au Portugal, les gens parlaient français. Erreur -et on nous avait dit qu’après la France, il faisait beau. Par contre, à notre grande surprise, nous avons rencontré beaucoup de personnes parlant très bien anglais. “Boa tarde”, commençé-je. “How can I help you sir?”, et dans un anglais parfait (côté portugais), la conversation filait.
Cependant, nous avons rencontré quelques portugais francophones. Nous nous étions abrités sous un abri de taxi pendant une averse. Deux personnes s’avancent vers nous, et nous expliquent qu’il serait judicieux de monter un pare brise sur le vélo. L’un d’eux nous fera la conversation en français (bien qu’il eut vécu en Suisse). Ce petit bonhomme très fier s’exprimait dans un français assez idiomatique : “J’étais dans un trou paumé, et la bagnole s’est mise à faire des siennes, p*ta*n, heureusement, il y avait un mec au bord de la route qui a pu me sortir de la mouise…”. Et je souriais, malgré la pluie, malgré la crevaison.
Le sud de l’Espagne, encore plus fort !
Nous étions revenus en Espagne, et j’avais troqué mon peu d’espagnol contre encore moins de portugais. Mais puisque je suis courageux, j’adressais parfois la parole aux gens (même si j’avais peur). Nico et Louis étaient à la bibliothèque (pour s’instruire) pendant que je gardais les vélos. Deux teenagers m’adressent la parole. Après des présentations sommaires, ils essaient d’en savoir plus sur moi : “Estas cansado ?” (es-tu fatigué), ce à quoi je réponds “No entiendo” (je ne comprends pas). Ils essaient alors de me réexpliquer : “Estas cansado ?”, “No entiendo”, “Estas cansado ?”, “No entiendo”. Conversation de sourd ? Oui, du moins ils devaient penser que je l’étais, parce qu’à chaque “No entiendo”, ils essayaient de me faire comprendre “Estas cansado” en le répétant plus fort. À la fin, le suspens avait gagné tout le quartier, ils se demandaient tous si j’étais vraiment fatigué.
Le Maroc en coeur
Nous sommes arrivés depuis une seule semaine au Maroc, et nous sommes déjà très impressionnés ! Je faisais le tour des magasins de Fès dans l’espoir de trouver un jeu de plateau de qualité (ni en plastique, ni en fonte), et aux alentours de midi, j’arrive dans un n-ième magasin. “Salam Alekoum”, lancé-je. “Alekoum salam. Viens, mange !”. Et voilà que je partageais le repas des mécanos ! Ceci est un exemple parmi tant d’autres. Nico vous avait parlé de notre rencontre avec Abdellah et Abdelwahid.
La gestuelle italienne
Sur notre chemin, nous avons rencontré d’autres gens, d’autres personnes. À Lisbonne, nous avons rencontré un italien de Venise, je suis persuadé qu’il a été un jour comédien, j’ai reconnu en lui un Arlequin. Bien que je pouvais communiquer avec lui en italien (malgré son accent très prononcé), c’est le langage des mains qui a prévalu. Lorsqu’on lui disait que l’on campait sauvagement, il nous montrait tour à tour du doigt avant de faire un signe de rassemblement, puis il se désignait, et lentement, il montait le pouce au cou, et d’un geste vif “couic” : à trois, nous ne craignions rien, tout seul, il était dangereux de dormir n’importe où !
Le français fork périple
Nous sommes partis il y a presque deux mois et avons développé un vocabulaire spécialisé pour notre vie de tous les jours. Notre vocabulaire s’est parfois enrichi, par exemple Louis remarquait qu’il employait de nombreuses expressions pour “j’ai déposé beaucoup d’excréments”, telles que “j’ai cassé le chiotte en deux”, j’ai défoncé le chiotte”, “j’ai casseboîte le chiotte”, ‘j’ai pourri le chiotte”, j’ai tout défoncé”, et bien d’autres encore, le champ lexical restant fécal.
Notre vocabulaire s’est parfois transformé, et par abus de langage, ou jeux de mots, nous employons de nouvelles expressions, par exemple “t’as perdu plein de points” lorsqu’il s’agit de dire “ceci n’est pas dans l’esprit du périple”.
Pour finir, je vous laisse deviner le sens de “T’as pas une feinte ?”.